On vote à 18 ans, mais l’accès à la présidence se négocie à des âges très différents.

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Initialement publié le Global Voices en Français

Des jeunes mobilisés en Afrique ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de DW Afrique

Des jeunes mobilisés en Afrique ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de DW Afrique

À 18 ans, un jeune en Afrique de l’Ouest choisit son président. À 25 ans, parfois, il peut siéger au Parlement. Pour prétendre à la magistrature suprême, il lui faudra attendre 35, 40, voire 50 ans selon les pays. En 2026, ces seuils commencent à bouger, mais les vrais verrous se trouvent souvent ailleurs.

La jeunesse est jugée assez mûre pour désigner ses dirigeants, mais pas pour prétendre elle-même à les remplacer. Elle est au cœur des mouvements politiques: vote, milite, fait campagne, descend dans la rue. Mais au moment de demander à son tour le suffrage de ses concitoyens, elle se heurte à une porte close. Peut-on qualifier d’inclusive une démocratie qui lui donne le droit de choisir, mais limite sa capacité de se faire choisir ?

L’âge, une barrière à géométrie variable

Partout, on vote à 18 ans, mais l’accès à la présidence se négocie à des âges très différents : 30 ans en Gambie, 35 ans au Sénégal, au Nigeria et en Côte d’Ivoire, 40 ans au Bénin, au Ghana et en Guinée. Pour les assemblées, la barre est plus basse : 25 ans au Togo, au Bénin, au Sénégal et à la Chambre des représentants nigériane, 21 ans au Ghana.

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Le cas togolais exige une lecture attentive. La Constitution de 2024 fixe à 50 ans l’âge du président de la République, mais celui-ci est désormais élu par le Parlement et n’exerce que des pouvoirs limités. Le pouvoir réel revient au président du Conseil, pour lequel 40 ans suffisent et qui n’est pas élu au scrutin présidentiel. Faure Gnassingbé l’occupe depuis le 3 mai 2025 ; le Parlement a élu le même jour Jean-Lucien Savi de Tové, 86 ans, président de la République, le plus âgé de l’histoire du pays à accéder à cette fonction. L’âge légal n’a d’ailleurs rien d’intangible. En 2002, le seuil de la présidence avait été ramené de 45 à 35 ans, une réforme que l’opposition y avait vue comme taillée pour Faure Gnassingbé..

Le cas le plus récent vient d’Accra. Le 30 juillet 2026, le gouvernement ghanéen a accepté de ramener de 40 à 35 ans l’âge minimal pour briguer la présidence, alors que le comité de révision constitutionnelle proposait 30 ans. Le texte doit passer par un référendum exigeant 40 % de participation et 75 % de votes favorables. Le précédent régional reste celui du Nigeria, où la loi Not Too Young To Run a abaissé en 2018 l’âge de la présidence de 40 à 35 ans et celui de la Chambre des représentants de 30 à 25 ans, sous la pression d’une campagne menée par des jeunes.

Les données compilées par l’Union interparlementaire montrent que l’abaissement de l’âge minimal pour se présenter conduit à des parlements plus jeunes. La Côte d’Ivoire rappelle l’envers du décor en 2025 où le président sortant, Alassane Ouattara, 83 ans, était candidat à un nouveau mandat alors que le plafond d’âge de 75 ans a été supprimé en 2016. La loi protège rarement les générations montantes.

Une jeunesse active, mais surtout dans la rue

La jeunesse africaine n’est pourtant pas massivement engagée dans tous les registres. Selon Afrobarometer (août 2025, 39 pays), les 18-35 ans sont moins présents que leurs aînés dans presque toutes les formes classiques de participation, avec un retard de dix-huit points pour le vote et un écart record de vingt-neuf points au Sénégal. La protestation fait figure d’exception.

Au Togo, le Mouvement du 6 juin, né de l’arrestation du rappeur Aamron, a fait descendre des milliers de personnes dans les rues de Lomé en juin 2025. La répression a fait sept morts selon la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest, et la FIDH a mis en cause des miliciens. À Madagascar, la contestation de septembre 2025 a fait tomber le gouvernement avant de déboucher sur une prise de pouvoir militaire. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) relève que le président renversé était lui-même arrivé au pouvoir à 34 ans, à la faveur d’une contestation. Au Kenya, la rue a fait retirer une partie de la loi de finances de 2024 ; au Maroc, la mobilisation de fin 2025 a conduit les autorités à annoncer des incitations aux candidatures de jeunes, tout en poursuivant certains meneurs. Ces mouvements sans chef obtiennent des concessions mais peinent à durer sans partis ni syndicats pour les prolonger.

C’est ce passage de la contestation au pouvoir que la CEDEAO a mis à l’agenda de sa première conférence régionale sur la jeunesse et la démocratie, tenue à Dakar en septembre 2026 sous le thème « de l’activisme à la prise du pouvoir ». Les participants y ont rappelé que les jeunes représentent environ 70 % de la population de la région, selon le communiqué final.

Entre participation et représentation : le plafond de verre

Le rapport 2025 de l’Union interparlementaire, publié le 9 avril 2026, dresse un constat selon lequel les élus de 30 ans ou moins représentent 2,8 % des parlementaires dans le monde, sans progrès depuis 2023, une première depuis 2014. Plus d’un tiers des chambres (37,1 %) n’en comptent aucun.

Au Ghana, selon les données de l’UIP, aucun député n’avait 30 ans ou moins au début de la législature de 2025, et les 31-40 ans occupent 46 sièges sur 269, soit 17,1 %, alors que la loi autorise à siéger dès 21 ans. Au Sénégal, l’Assemblée issue des législatives de 2024 compte cinq élus de moins de 30 ans, soit 3 %, pour une moyenne d’âge de 47 ans, alors que près de 38 % des inscrits ont entre 18 et 35 ans. Bassirou Diomaye Faye, élu à 44 ans, est le plus jeune président de l’histoire du pays, mais sa candidature s’est imposée après l’empêchement de son mentor, Ousmane Sonko. Au Nigeria, selon International IDEA, la Chambre comptait trois jeunes élus sur 360 en 2015 et quatorze en 2019 : un progrès réel, mais modeste. À Dakar, la responsable de Yiaga Africa, l’organisation à l’origine de la campagne, a résumé la situation en disant que l’espace politique est plus ouvert sur le papier que dans les faits.

Afrobarometer révèle toutefois un paradoxe. Si les jeunes votent moins que leurs aînés, ils sont à la fois tenus à distance des lieux de pouvoir et éloignés des urnes. Le déficit de représentation n’est pas seulement subi, il nourrit lui-même le désengagement. L’UIP avertit que l’absence des jeunes dans les assemblées fragilise la légitimité des institutions et la confiance dans la démocratie. Le Sénégal, que le rapport de l’UIP 2026 cite parmi les pays où le parlement a le plus rajeuni après les dernières élections, montre pourtant qu’un renouvellement est possible quand un projet politique porte une génération.

Un pacte à réinventer : l’argent, les partis, les verrous

Les défenseurs de seuils élevés invoquent l’expérience. Dans 34 pays, les citoyens interrogés par Afrobarometer souhaitent en moyenne un âge minimal de 39 ans pour diriger. Ceux qui plaident pour l’abaissement misent sur le renouvellement et sur des leviers que l’UIP juge éprouvés notamment la réduction de l’âge d’éligibilité, le quotas, les forums de jeunes parlementaires. Mais l’exemple nigérian montre que l’obstacle principal est financier.

Pour 2027, le parti au pouvoir, l’APC, a fixé à 100 millions de nairas (environ 75 000 dollars, selon Global Voices) le prix de son formulaire présidentiel, dont 30 millions de déclaration d’intérêt et 70 millions de candidature. Le Sénat coûte 20 millions et la Chambre des représentants 10. Les jeunes obtiennent une réduction de moitié sur la seule part « candidature », ce qui laisse la facture présidentielle à 65 millions. Un groupe citoyen a calculé qu’un salarié au salaire minimum, 70 000 nairas par mois, devrait travailler plus d’un siècle pour s’offrir certains de ces formulaires. La loi électorale de 2026, signée le 18 février, a en outre doublé le plafond de dépenses de campagne présidentielle, à 10 milliards de nairas, et triplé celui des gouverneurs, à 3 milliards.

Réunis à Dakar du 8 au 10 septembre, à l’initiative de la CEDEAO et de l’organisation Legis360, des délégués de douze pays ont placé ces freins au premier rang. Leur communiqué réclame des quotas de jeunes, des frais de candidature réduits et des plafonds de dépenses, et lance un réseau d’observateurs, le WAYON. La CEDEAO a annoncé qu’elle déploierait des observateurs exclusivement jeunes pour la présidentielle nigériane, prévue le 16 janvier 2027.

D’autres pays montrent que la loi peut agir directement sur les investitures. L’Équateur, cité par l’UIP, doit une grande part de sa progression à une loi de 2022 qui impose que 25 % des candidats soient de jeunes adultes, et les pays dotés de limites de mandats comptent nettement plus de jeunes parlementaires que la moyenne mondiale. L’UIP pointait déjà en 2023 le manque de financement des jeunes et l’absence de plafonds de dépenses comme causes du vieillissement des assemblées.

Ailleurs, les verrous sont politiques. Au Bénin, Romuald Wadagni a remporté la présidentielle du 12 avril avec 94,27 % des voix, face à un seul adversaire, après l’éviction du principal candidat de l’opposition ; une révision constitutionnelle a porté les mandats à sept ans et relevé le seuil requis pour obtenir des sièges à l’Assemblée de 10 à 20 %, une règle qui pèse bien plus qu’une date de naissance sur un candidat sans appareil. Au Burkina Faso, la junte a dissous tous les partis en janvier 2026. En Gambie, la présidentielle du 5 décembre verra le président Barrow briguer un troisième mandat.

Inclusif sur le suffrage, incomplet sur la représentation

Un système qui donne aux jeunes le droit de choisir leurs dirigeants mais entrave leur capacité à le devenir est-il pleinement inclusif ? Les constats en disent long et pas pour la seule raison de l’âge. Les seuils reculent : le Nigeria l’a fait, le Ghana s’y engage. Mais ils sont davantage un symptôme qu’une cause, et les abaisser sans toucher au coût des candidatures, aux règles des partis et à l’ouverture du jeu politique reviendrait à ouvrir une porte donnant sur un escalier trop cher. Ce qui sépare les jeunes des lieux de décision, ce sont des investitures coûteuses et verrouillées, des candidatures écartées et, parfois, l’absence même de partis.

Tant que la rue n’aura pas de relais institutionnels crédibles, elle arrachera des concessions ou cédera la place, comme à Madagascar, à d’autres pouvoirs que ceux qu’elle espérait. Le véritable chantier du pacte démocratique ouest-africain est de faire de la jeunesse non seulement l’avenir promis de la politique, mais une composante présente et effective de sa représentation.

Ecrit par Jean Sovon