Il fût « peut-être le meilleur joueur de l'histoire de ce sport ».
Initialement publié le Global Voices en Français

Statue de Sir Garfield Sobers sur l'ovale de Kensington, à la Barbade. Photo de Winton Edghill sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).
Un décompte exceptionnel touche à sa fin. Sir Garfield Sobers, Garry, largement considéré comme le joueur le plus polyvalent que le cricket ait produit, est décédé le 17 juillet 2026, à peine 11 jours avant de fêter ses 90 ans.
A l'annonce de sa mort, la Première ministre des Barbades, Mia Mottley, a qualifié le moment d'une « heure solennelle pour notre pays » et a déclaré une journée de deuil pour « un de nos plus grands enfants » :
It is with profound sadness that I join Barbados, the Caribbean and the cricketing world in mourning the passing of The Right Excellent Sir Garfield Sobers, our Sir Garry.
From Bay Land to Kensington and onto the world stage, he carried Barbados and the West Indies with… pic.twitter.com/Sj6lFG7gfh
— Mia Amor Mottley (@miaamormottley) July 17, 2026
C’est avec une profonde tristesse que je m’associe à la Barbade, aux Caraïbes et au monde du cricket pour déplorer le décès de Son Excellence Sir Garfield Sobers, notre Sir Garry.
De Bay Land à Kensington, puis sur la scène internationale, il a représenté la Barbade et les Antilles avec … pic.twitter.com/Sj6lFG7gfh
— Mia Amor Mottley (@miaamormottley) 17 juillet 2026
Les drapeaux ont été mis en berne dans tout le pays, et ce héros national tant aimé a eu droit à des funérailles nationales.
Mais l’influence de Sobers s’est étendue bien au-delà des côtes de la Barbade. Il a joué pour les Antilles pendant plus de 20 ans, entre 1954 et 1974, période durant laquelle il s’est illustré en tant que batteur talentueux, lanceur hors pair et défenseur tenace : trois spécialités (voire cinq, selon certains) réunies en un seul joueur d’exception, ce qui lui a valu le respect international en tant que l’un des plus grands joueurs de cricket de tous les temps.
Les forces qui l'ont façonné
Sobers est né le 28 juillet 1936, fils de Shamont et Thelma Sobers, dans leur maison de l'avenue Walcott, à Bridgetown, capitale de la Barbade, et était le cinquième d'une fratrie de six enfants. Il est né avec six doigts à chaque main. Certaines sources laissent entendre que, enfant, il aurait décidé de s'amputer lui-même ces doigts supplémentaires à l'aide de fil de suture et d'un couteau bien aiguisé. Sur X, un fan de cricket affirme que « les médecins lui ont retiré ces doigts supplémentaires lorsqu'il était enfant, mais qu'il a disputé ses premiers matchs de cricket sérieux avec onze doigts ». Quoi qu'il en soit, cela prouverait que ce n'était pas là son plus grand obstacle.
Sobers n’avait que cinq ans en janvier 1942, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, lorsque son père, marin marchand, trouva la mort après que son navire eut été torpillé par un bateau allemand. Le cricket lui a offert une échappatoire bien nécessaire ; Gordon Bell, auteur de la biographie « Sir Garfield Sobers » publiée en 1978, a souligné que Garfield et son frère Gerald avaient aidé l'équipe de leur école de garçons, Bay Street, à remporter le championnat interscolaire de cricket des écoles primaires trois années consécutives.
À l'âge de 13 ans, les talents de Sobers au cricket attiraient déjà l'attention à l'échelle nationale. Il a été recruté par deux clubs : le Kent, qui faisait partie de la Ligue de cricket de la Barbade, et les Wanderers, membres de l'Association de cricket de la Barbade, où il a perfectionné ses compétences, notamment en tant que lanceur gaucher.
C'est à ce moment-là que l'inspecteur Wilfred Farmer, ancien joueur des Wanderers qui avait été capitaine de l'équipe de cricket de la police avant de devenir commissaire de police de la Barbade, vit Sobers en action et lui proposa un poste au sein de la police. À 16 ans, après avoir fait ses preuves au sein de l'équipe de première division de la police, Sobers fut convoqué aux sélections de la Barbade en vue de la tournée des Indes occidentales en Inde de 1952-1953, et intégra l'équipe en tant que douzième membre. Ce fut un exploit remarquable pour un jeune homme qui n’en était encore qu’à sa première saison de cricket de première classe, et il eut l’occasion de jouer après que le lanceur titulaire Frank King eut dû déclarer forfait pour cause de blessure.
Il s'est forgé une place
Sobers a fait ses débuts le 31 janvier 1953, où il a marqué sept points en tant que neuvième batteur. Il a également fait forte impression en tant que lanceur. Sa deuxième apparition à ce niveau a eu lieu en mars 1954 en Jamaïque. À tout juste 17 ans, Sobers a pris part à la finale opposant les Antilles à l'équipe anglaise, qui jouait à l'extérieur. Ses performances exceptionnelles lors de ces deux matchs lui ont valu une sélection bien méritée au sein de l'équipe des Antilles, pour sa troisième participation à un match de première classe marquant ses débuts en test-match :
#OnThisDay in 1954, at the age of 17, Sir Garfield Sobers made his debut for the West Indies, at the age of 17. The rest is history… #MagicMonday #ItsOurGame pic.twitter.com/GeaiDcaQIo
— Windies Cricket (@windiescricket) March 30, 2020
Ce jour-là, en 1954 (le 30 mars), à l'âge de 17 ans, Sir Garfield Sobers a fait ses débuts avec les Antilles. Le reste appartient à l'histoire… #MagicMonday #ItsOurGame pic.twitter.com/GeaiDcaQIo
— Windies Cricket (@windiescricket) 30 mars 2020
Entre 1954 et 1955, l'Australie s'est rendue aux Antilles, mais Sobers n'a pas été sélectionné pour ce premier match test, que son équipe a perdu. Il a disputé le deuxième test-match à Trinidad, qui s'est soldé par un match nul. Lors du troisième test-match en Guyane, Sobers a marqué trois points dès les premières manches de l'équipe australienne. Lors du quatrième test-match à la Barbade, le capitaine antillais et premier batteur Jeffrey Stollmeyer a dû se retirer pour cause de blessure, ce qui a soulevé la question de savoir qui prendrait sa place. Sobers a obtenu le poste et a frappé les trois premiers lancers pour marquer quatre points. Lors du deuxième, il a ajouté trois autres quatre, jusqu’à ce qu’il soit finalement éliminé avec 43 points, après un partenariat de 52 points pour le premier score.
L'Australie a remporté la série, mais cette expérience s'est avérée inestimable pour Sobers, qui a entamé sa première saison en 1956, lors de la tournée de l'équipe des Antilles en Nouvelle-Zélande. Sobers n'était pas habitué aux terrains en gazon ; il a connu des difficultés et a été renvoyé plus tôt que prévu pour disputer un match test non officiel contre l'Angleterre. Il s'est bien débrouillé et a été sélectionné pour la tournée des Antilles de 1957 en Angleterre.
A legendary career that shaped the game
Sir Garfield Sobers leaves behind a legacy that will endure for generations
pic.twitter.com/mo9GyIsuhb
— ICC (@ICC) July 17, 2026
Une carrière légendaire qui a marqué l'histoire de ce sport
Sir Garfield Sobers laisse derrière lui un héritage qui perdurera pendant des générations.
pic.twitter.com/mo9GyIsuhb
— ICC (@ICC) 17 juillet 2026
Au cours des trois années suivantes, en 24 matchs test, Sobers a marqué 2 250 runs avec une moyenne impressionnante de 93,75. En 1958, il a réalisé son premier century lors d’un test-match contre le Pakistan à Kingston, et a porté son total à 365. Ce record est resté invaincu pendant 36 ans, jusqu’à ce que le joueur de cricket trinidadien Brian Lara le dépasse de dix runs. Sobers se trouvait dans les tribunes du terrain de loisirs d’Antigua, ce qui a rendu ce moment encore plus spécial :
Throwback to when Brian Lara broke Sir Garfield Sobers’ 36-year-old record for the highest score in a Test innings with his 375 against England in 1994… Sir Gary was as classy as ever
pic.twitter.com/P8k0B0z3Gy
— Sky Sports Cricket (@SkyCricket) July 17, 2026
Je repense à l'époque où Brian Lara a battu le record vieux de 36 ans de Sir Garfield Sobers, qui détenait le meilleur score jamais réalisé lors d'un test-match, en marquant 375 points contre l'Angleterre en 1994… Sir Gary avait toujours autant de classe.
— Sky Sports Cricket (@SkyCricket) 17 juillet 2026
L'année suivant la première centaine de Sobers, la tragédie frappa à nouveau sa vie. Le matin du 7 septembre 1959, alors qu'il conduisait ses coéquipiers des Antilles, Tom Dewdney et Collie Smith, à Londres pour un match de bienfaisance, il entra en collision avec un camion de bétail de dix tonnes. Smith, qui s'était endormi sur la banquette arrière, fut projeté vers l'avant. Il a subi une lésion de la colonne vertébrale et est tombé dans le coma. Il est décédé trois jours plus tard. Sobers a été reconnu coupable de conduite imprudente, mais il a affirmé avoir été ébloui par les phares de l’autre véhicule. Un message publié sur les réseaux sociaux suggérait que Sobers ne s’était jamais remis de cette perte et que « ceux qui l’ont connu avaient le sentiment qu’il disputait chaque match en portant en lui une partie du rêve de son ami, au même titre que le sien ».
Sobers est devenu capitaine de l’équipe des Indes entre 1965 et 1974. Un autre moment fort de sa carrière remonte à 1968, alors qu’il jouait pour le Nottinghamshire. Sobers est entré dans l’histoire en devenant le premier joueur à réaliser six runs d’un seul coup, ce qui signifie qu’il a marqué sur toutes les balles qu’il a envoyées au-delà des barrières, pour totaliser le nombre maximal de runs possible :
“On this week, 57 years ago — August 31, 1968 — Sir Garfield Sobers made history in Swansea by becoming the first man to smash six sixes in a single over, against Malcolm Nash in the County Championship. pic.twitter.com/YgRqO6dqe8
— John Pitchford
(@Johnnypapa64) August 26, 2025
Cette semaine-là, il y a 57 ans — le 31 août 1968 —, Sir Garfield Sobers est entré dans l'histoire à Swansea en devenant le premier joueur à réaliser six runs d'un seul coup, face à Malcolm Nash lors du championnat du comté. pic.twitter.com/YgRqO6dqe8
— John Pitchford
(@Johnnypapa64) 16 août 2025
Il a affiché des statistiques impressionnantes tout au long de sa carrière fulgurante : 92 matchs internationaux, 8 032 runs, 26 centuries, 50 half-centuries, et bien plus encore. Au final, il est devenu « probablement le meilleur joueur », ou, pour reprendre les mots de la Première ministre Mottley, « la référence à laquelle la grandeur sera à jamais mesurée » :
Sir Garfield Sobers
The greatest cricketer, the world has ever seen – The Merrymen of Barbados – Lyrics : Emile Straker – Recorded 1973 @shamyad @cinemawaleghosh @madversity @sachinchatte #GarrySobers #RestinMemories pic.twitter.com/5emI6Aa4j0
— Pavan Jha (@p1j) July 17, 2026
Sir Garfield Sobers.
Le plus grand joueur de cricket que le monde ait jamais connu. L'homme joyeux de la Barbade. Paroles d'Emile Straker, enregistrées en 1973@shamyad @cinemawaleghosh @madversity @sachinchatte #GarrySobers #RestinMemories pic.twitter.com/5emI6Aa4j0
— Pavan Jha (@p1j) 17 juillet 2026
Il a également fait l'objet de controverses. En 1969, selon Cricinfo, Sobers « a enfreint la règle tacite de l'époque et a joué au cricket en Rhodésie, dont le gouvernement blanc avait été, en 1965, le premier pays à faire l'objet de sanctions de la part des Nations Unies ». L'année suivante, il a joué dans l'équipe du « Reste du monde » lors d'une série de cinq matchs en Angleterre, dans le cadre de la tournée prévue par l'Afrique du Sud, dont les joueurs étaient interdits de cricket international en raison de la politique d'apartheid menée par ce pays.
Des hommages partout
Lorsque la nouvelle du décès de Sobers a été annoncée, les chefs d'État et des personnalités des médias ainsi que des joueurs de cricket, et les amateurs de sport du monde entier lui ont rendu hommage. Bien que ses capacités techniques ont été mises en avant, la véritable dimension du joueur s'est révélée lorsque, les supporters les uns après les autres, ont constaté que Sobers était aussi un être humain intègre, un véritable gentleman.
La Première ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, a souligné que « sa carrière s’est déroulée au cours de l’une des périodes de plus grande transformation de l’histoire de notre région », et a ajouté que « Sir Garry faisait partie de ces personnalités exceptionnelles qui n’ont pas seulement redéfini le cricket, mais qui ont également contribué à façonner la façon dont les Caraïbes se perçoivent elles-mêmes et dont le monde en est venu à les percevoir ».
Michael Holding, joueur de cricket originaire des Antilles occidentales et commentateur chez Sky Sports, a qualifié Sobers de « pionnier » et a laissé entendre que sa grandeur pouvait se mesurer à l’aune de ce que ses adversaires pensaient de lui. Holding a également salué son humilité et son attitude positive, et a fait remarquer qu’il ne parlait jamais de lui-même.
There are two categories of all rounders
1 Sir Garfield Sobers
2 The Rest— Brendan Gallagher (@gallagherbren58) July 17, 2026
Il existe deux catégories de joueurs de cricket :
1 Sir Garfield Sobers
2 Tous les autres
Repose en paix https://t.co/gLp6yTCCZA
— Brendan Gallagher (@gallagherbren58) 17 juillet 2026
Kishore Shallow, président de l’Association de cricket des Antilles occidentales, a évoqué la « maîtrise inégalée de Sobers à la batte, au lancer et en défense », mais estimait que sa « véritable importance dépassait les limites du terrain […]. Sir Garfield Sobers est devenu bien plus qu’une icône du sport. Il est devenu un symbole de l’excellence, de la résilience et du potentiel des Caraïbes ».
De son côté, le Jamaïcain Wayne Chen a qualifié Sobers de « dernier colosse » et a déclaré que « la portée de Sobers, telle que l’avait comprise C.L.R. James dans *Au-delà des barrières*, n’a jamais tenu dans un bulletin scolaire ». La grande contribution de James a été de montrer que le cricket dans les Caraïbes ne pouvait être dissocié de la politique du colonialisme, de la race et de l’autonomie ; une limite tracée au Kensington Oval constituait également, de manière irréfutable, une déclaration sur la place de chacun dans les hiérarchies du monde […]. Sobers est devenu, sur le terrain, ce que James a qualifié d’exemple de la revendication des Antilles de la « liberté de la ville » ; une participation à part entière, au mérite, dans un monde qui avait depuis longtemps admis que cette maîtrise était l’apanage du colonisateur. Il laisse des traces, mais aussi la preuve que la grandeur ne connaît pas de frontières impériales ».
La reine Élisabeth II a fait chevalier Sobers en 1975, un an après sa retraite, et il s'est vu décerner la plus haute distinction de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) en 1998, année où il a également été nommé héros national de la Barbade.
Sir Garfield Sobers laisse derrière lui ses enfants Matthew, Daniel et Geneviève, ainsi que son ex-épouse Prudence ; ses beaux-enfants Stuart et Trisha (son épouse Jackie White est décédée avant lui) ; ses petits-enfants, dont l'un, Gabriel, vivait avec lui, et son frère cadet Cecil.


(@Johnnypapa64) 




